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Ansoumane Diessira CONDE : ‘’Des cadres du ministère de la culture confondent politique culturelle et programme d’actions.’’

Ansoumane Diessira CONDE : ‘’Des cadres du ministère de la culture confondent politique culturelle et programme d’actions.’’

Homme de culture, directeur adjoint des arts au ministère de la culture, Ansoumane Diessira Condé, nous a accordé une interview au cours de laquelle l’adjoint de Jean Baptiste Williams à eu à répondre à quelques questions sur le développement culturel de la Guinée. Serait-il possible de sortir la Guinée de l’ornière à travers la culture ? Lisez !

Visionjeunes.com : En tant qu’homme de culture, comment la définiriez-vous ?

Diéssira CONDE : Bon on peut prendre une ou deux ou encore trois définitions comme on veut. Mais moi la définition que je vais vous donner est celle qui dit que la culture est tout ce que l’homme ajoute à ce qui existait naturellement.

Visionjeunes.com : La culture pourrait-elle être un moyen de développement pour la Guinée ?

Diéssira CONDE : Oui je le pense et je crois fermement que la culture peut être un facteur de développement pour la Guinée. Je vais être bref. Aujourd’hui, lorsque vous prenez l’action culturelle en Guinée, on se rend compte qu’il y a beaucoup de services qui se développent autour de l’action artistique. C’est-à-dire que vous avez les petites imprimeries qui se sont développées, parce que quand un opérateur culturel qui décide d’organiser un spectacle a besoin de faire des affiches, des flyers…, tout support de communication autour de son événement et nous savons tous aujourd’hui que l’évènement artistique fait appel à la compétence d’autres secteurs telle que la communication et que dans ce secteur de la communication il y a des industries dont l’action culturelle va forcément nourrir ces secteurs là. L’action artistique permet aussi de créer de l’emploi, de booster des secteurs liés à l’activité artistique. Je vous donne pour exemple, un événement qui se tient au palais du peuple. Il y a forcement une location à payer, l’argent qui va dans la caisse du palais qui va le reverser au trésor publique plus tard. Maintenant, imaginez-vous s’il y a disons 200 spectacles par an au palais en raison de 5.000.000GNF la location de la salle par spectacle ce qui ferait peut-être 4 milliards de franc guinéen comme recette brute pour le palais du peuple par an rien que par les activités artistiques qui s’y tiendront. Non seulement ça génère des ressources pour le palais mais sa fait fonctionner le personnel du palais du peuple qui n’est pas inactif. C’est-à-dire on peut aller plus loin, par déclinaison le palais du peuple a des électriciens, des ingénieurs de son, des administrateurs, des nettoyeurs du local… Donc tout le personnel qui travaille au palais ne sera pas au chômage. Ce qui me déchire, c’est qu’il y a des ignorants qui se permette dire que la culture favorise le développement, ils ne peuvent pas l’expliquer, parce que pour l’expliquer il faut avoir fait des études universitaires là-dessus, parce que la culture ça se pense. J’entends beaucoup parler de politique culturelle. On confond politique culturelle et programme d’actions dans ce pays. Oui, même des cadres du ministère de la culture je me permets de le dire.

Visionjeunes.com : Alors dites-nous quelle différence existe-t-il entre la politique culturelle et le programme d’actions ?

Diéssira CONDE : Le programme d’actions est une infime partie de la politique culturelle qui met des actions en place. Au bout de 2, 3 ou 10 ans c’est fini. C’est là, la différence avec la politique culturelle qui est une vision, une projection. C’est à dire qu’est-ce qu’on veut faire de la culture. Pourquoi on veut développer la culture chez nous ? Pourquoi on veut faire rayonner la culture ? Et ça, ça ne s’arrête pas à 10 ans ou 100 ans. C’est dans la politique culturelle qu’on peut avoir des programmes et des actions planifiés avec des stratégies et des moyens qu’il faut pour les réaliser.

 

Visionjeunes.com : Quel développement pourrait rimer avec la culture ?

Diéssira CONDE : On entend souvent les gens dire que la culture est au début, au milieu et à la fin de tout développement. Le développement qui peut rimer avec la culture, c’est le développement qui prend en compte non seulement les spécificités culturelles des bénéficiaires des différents programmes et actions qui vont être mis en œuvre, mais qui s’ouvre aussi sur l’extérieur.

Visionjeunes.com : Quelle est la place de la culture dans le système éducatif ?

Diéssira CONDE : Il faut que dans la vision de la politique culturelle de la Guinée qu’on accorde une place primordiale à l’éducation artistique et culturelle des jeunes le long de leur cycle de formation. C’est-à-dire que la pratique artistique et culturelle soit intégrée au programme d’éducation et d’enseignement. Moi j’ai salué la création de l’Institut Supérieur des Arts de Guinée (ISAG), mais pour être franc ça s’est fait trop tard. Tu ne peux pas prendre quelqu’un à partir du Bac,  qui n’a jamais pratiqué une discipline artistique, tu l’orientes là-bas pour qu’il commence à apprendre à jouer la guitare à 23 ans. Mais il va être quoi ? L’enseignement artistique commence par les petites classes. La culture doit servir de moyen d’encadrement et d’éducation des jeunes. Faire faire du théâtre par des enfants à l’école, du théâtre d’expression française et non du théâtre français, c’est permettre à l’enfant d’enrichir son vocabulaire, de connaître des styles d’écriture, d’améliorer son orthographe, d’avoir des connaissances en dehors de ce que le professeur leur donne.

 

Visionjeunes.com : Votre mot de la fin

Diéssira CONDE : Je remercie le site d’information culturelle Vision jeunes, pour avoir eu l’idée de parler du développement culturel, du rôle de la culture, de ce que la culture peut faire et de sa place dans le développement national. C’est extrêment important, je pense qu’il y a un travail de sensibilisation, d’information à faire à tous les niveaux, que ce soit au niveau des autorités de tous les échelons, que ce soit politique, administrative et autre mais aussi au niveau de tous les partenaires. Parce que très souvent, on se rend compte que dans les accords de coopération on oublie un peu ce secteur. Aujourd’hui ce qui m’étonne, c’est que tout le monde reconnait l’évidence du rôle et de la place de la culture dans le développement d’un pays mais personne ne fait rien. Donc est-ce que ce sont des discours juste pour faire plaisir ou est-ce qu’on en est conscient. Moi je pense que c’est un combat à mener, un combat qui vaut la peine d’être mené et nous, nous nous sommes embarqués dedans qu’on soit au ministère de la culture ou pas. Ma vie, elle est liée à la culture et je combattrais toujours pour son rayonnement.

Entretient réalisé par Mamadou Alpha Balde

[email protected]

Visionjeunes.com

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l'info Guinée

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