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INTERVIEW : SINGLETON « je ne veux plus commettre les mêmes erreurs qu’auparavant »

Il est l’un des artistes urbains les plus populaires de la Guinée. Singleton, connu sous l’appellation «  la machine de dance hall », a deux albums à son actif. Après son second opus «  c’est le travail qui paie », sa collaboration avec sa maison de production (Benedi records) a pris fin. De la fin de son contrat avec Benedi Records, en passant par la vente de la musique urbaine guinéenne hors de nos frontières à son avenir, singleton s’est livré  à votre site, dans une interview sans réserve.

Ton contrat avec Benedi Records est arrivé à terme après ton second album. On sait que Singleton c’était le gros morceau de la structure Bénédi Records. Avez-vous tentez reconduire le contrat ?

C’est vrai après le second album notre contrat est arrivé à échéance. On a arrêté la collaboration pas parce que j’avais une idée derrière la tête. C’est une séparation normale. Maintenant vous savez que normalement quand le contrat arrive à terme comme ça, c’est à la maison de proposer un autre contrat. Dans toutes les sociétés c’est comme ça que ça fonctionne. Alors quand notre contrat est arrivé à terme, je n’ai pas reçu une telle proposition.

Et toi non plus, tu n’a pas fait un pas dans ce sens ?

(Rire)…Ta question-là est vraiment pertinente. Pour te dire vrai non. C’est à la maison qu’il revenait de le faire normalement. Mais elle ne l’a pas fait. Alors moi non plus je ne l’ai pas fait.

Le constat est clair. Ton second album « c’est le travail qui paie » n’a pas connu le succès autant que le premier. Qu’est-ce qui n’a pas marché dans ce second opus ?

Écoute ça se voit. Le travail qui a été mis dans le premier album n’a pas été mis dans ce second. Il faut voir le clip « Wayne Wayne » est sorti à cinq jour de la dédicace. Il y a certains clips qui ont été fait mais qui ne sont pas sortis. Et l’album n’est pas sur le marché. Voilà les causes qui ont fait que l’album n’a pas marché.

L’album n’est pas le marché pourquoi ?

L’album se trouve dans le bureau de benedi et ça se trouve en vente au Centre Culturel Franco Guinéen. Je ne sais pas pourquoi il n’est pas sur le marché. Demandez à Bénédi pourquoi !

L’as-tu demandé pourquoi l’album n’est pas sur le marché parce qu’il s’agit quand même de ta carrière musicale ?

A quoi cela servirait du moment où notre contrat est terminé ? Moi je crois que c’est les lois de la vie. Il faut être prêt à tout. Ce n’est pas que ça va être du succès jusqu’à la mort. C’est pourquoi à un certain moment il faut reculer pour mieux sauter. Tout ceci m’a donné beaucoup d’expérience. J’ai comment ça fonctionne dans ce milieu-là. Sinon dans le premier album il y a eu beau coup d’investissement. Mon clip « moto taxi « » est passé sur trace tv.

Honnêtement est-ce que ce n’est pas en raison de tout ce que tu expliques la qui t’as amené à prendre tes distances ?

(Rire)…certains producteurs peuvent le faire quand ils savent qu’après la fin du contrat qu’ils n’auront rien à gagner. A quoi ça sert d’investir ? C’est pourquoi souvent dans les premiers albums les gens ils investissent bien. Parce que derrière ils ont le gain quand l’artiste tourne.

Benedi Record c’est quand même l’une des grosses écuries de la musique urbaine. Qu’est-ce que ça te fait d’avoir quitté cette maison ?

Honnêtement ça ne me fait rien. Moi je suis à l’aise. Je suis un homme fort dans la tête. Je suis toujours prêt dans la tête. Je n’ai vraiment pas besoin de lui pour avancer. Moi je crois qu’aujourd’hui  c’est le talent qui vend. Je sais bien qu’il a beaucoup fait et travaillé pour moi. Il m’a pris dans le ghetto quand personne n’était là pour moi. Il m’a fait confiance. Mais ça veut pas dire que moi je vais retomber. Il faut être juste fort. Et je suis toujours là. Même s’il n’y a personne derrière, je suis toujours là avec mes singles. Çà va aller, parce que le talent est toujours là.

Après l’aventure avec benedi record, y a-t-il une autre maison qui se serait déjà positionnée sur toi ?

Bien sûr qu’il y a des maisons qui sont venues et ont voulu travailler avec moi. Mais c’étaient des maisons fake. Des faux tout simplement. Parce que je peux plus commettre des erreurs que j’ai commises auparavant. Moi quand je travaille avec quelqu’un je le fais avec le cœur. Ce qu’on dit c’est qu’on doit faire. Après je vois aujourd’hui quand les maisons viennent, elles te font rêver, elles te vendent de faux rêves. Mais après elles ne peuvent pas les assumer.

Parlons à présent d’une question plus générale. Sans complaisance, la musique urbaine n’est pas connue et vendue hors de nos frontières. Selon toi qui est responsable de cet état de fait, les producteurs, les managers ou les artistes ?

A mon avis c’est des deux côtés. Parlant des producteurs ou managers. Il faut dire qu’en Guinée il n’y a pas de véritables managers ou de producteurs professionnels. Parce que si les gars te prennent aujourd’hui, ils veulent manger trop tôt sur toi. Il faut voir, il y a combien de managers en Guinée qui se disent manageurs et qui prennent des artistes pour envoyer ailleurs ? Personne.

Aucun manager ne peut me convaincre de sa en Guinée. J’ai fait une tournée de combien de mois en Europe. Mais c’était toujours pour la communauté guinéenne. C’est souvent dans les boites, dans les petites salles. Et jusqu’aujourd’hui c’est ce qui se répète. Les producteurs guinéens ne réfléchissent pas en grand. Ils ne pensent pas en grands. Je sais que cela va les choquer, mais c’est la vérité. Parce que la musique c’est la promotion. C’est l’internet. Quel producteur ou manager qui a son artiste sur ITunes, ou qui a une page Facebook artistique ? Il n’y a pas. Quand ils te prennent et qu’ils remplissent le palais c’est fini. Après c’est tourner dans les kermesses jusqu’à ce que le même public se fatigue de toi.

Quand tu prends le coté des artistes, il faut juste comprendre que la musique aujourd’hui ce n’est pas une question de langue. Sinon il y a des ougandais comme Eddy Kenzo qui cartonne ici, mais pourtant personne ne comprend ce qu’il dit. Avec les nigérians c’est pareil. C’est une question de vibes , de feelings et de flow. Mais ici il y a des artistes qui sont hypocrites, qui ne travaillent pas. C’est vraiment la raison qui fait qu’on ne peut pas aller de l’avant.

Alors selon toi qu’est- ce qu’il faut pour changer les choses ?

Ça doit commencer par le ministère. Il faut qu’il s’intéresse à la jeunesse. Par la musique l’investissement. Par ce que quand on investit de l’argent, il y a de l’argent qui entre obligatoirement. Il faut surtout que les producteurs  essayent de se former. Qu’ils regardent comment cela se passe chez les autres. La musique c’est la concurrence. Il faut se comparer aux autres et voir comment ils fonctionnent. Après tu essayes de grandir.

Déjà le ministère de la culture était seul et on sait qu’il était laissé pour compte. Avec le nouveau gouvernement, il y a eu fusion entre la culture et le sport. Cela présage-t-il un bon avenir pour la culture ?

(Rire) déjà je n’ai jamais connu le nom d’un ministre de la culture en Guinée. Parce que moi je les ai jamais vu vraiment s’intéresser à la culture. Franchement je ne sais comment ils se débrouille la-bas, mais j’espère que ça va marcher. Parce que moi je vis de ma musique.

Pour finir, maintenant que tu n’évolues plus avec une maison de Productions, comment envisages-tu ton avenir ?

Sincèrement pour le moment je préfère rester dans mon coin avec mes gars et  ma structure, qui m’entoure. Je ne veux plus revenir dans la merde. Je veux plus commettre les mêmes erreurs qu’auparavant. Si je sais que la chose la n’est pas bonne pour moi, pour quoi m’investir ? Il y a un proverbe soussou qui dit que «  voilà c’est ici que je me suis cogné la tête. Mais jamais dire voilà, c’est l’endroit où on doit se cogner la tête. » Si je sais que toutes les maisons de production sont comme ça. C’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas t’aider à aller de l’avant, je m’engagerai pas. Je préfère rester comme cela, c’est mieux.

Propos recueillis par Pierre Fatewa DIAWARA

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