Accueil / ACCUEIL / Interview : « Nul ne viendra valoriser notre culture et notre musique à notre place » dixit Mory Touré de radio Afrika

Interview : « Nul ne viendra valoriser notre culture et notre musique à notre place » dixit Mory Touré de radio Afrika

Correspondant au Mali de l’émission Couleur Tropicale sur RFI, chroniqueur et animateur de radio, Mory Touré est parmi ces fils d’Afrique qui font des pieds et des mains pour la valorisation de la culture africaine dans le monde. Son ambition étant de rapprocher les pays d’Afrique à travers les nouvelles technologies de l’information et de la communication, il a créé il y’a 2 ans une plateforme radiophonique assez particulière. Radio Afrika, c’est le nom de cet outil qui sillonne l’Afrique à la recherche de sensation culturelle et musicale africaine. Pour véritablement comprendre ce projet ambitieux, Vision Jeunes est allé à la rencontre de son promoteur. Interview !

-V.J : Bonjour, parlez nous d’abord de l’origine de votre projet radiophonique.

Bonjour, au départ Radio Afrika était une radio qui venait dans les événements et qui emmenait le contenu des événements en Afrique aux médias du monde. La création de cette radio est parti du constat que pas mal d’événements qui mobilisaient beaucoup d’artistes africains se passaient en Europe sans qu’il n’y ait assez de communication autour. Voyant ces efforts que faisaient des artistes pour le continent africain, j’ai décidé comme ça de les accompagner en faisant des radios relais, c’est-à-dire de rester avec eux en France et parler de leurs activités sur des radios en Afrique. C’est de là qu’est partie l’idée de Radio Afrika qui est d’accompagner des artistes africains jouant sur le continent européen.

Mory Touré en interview avec Salif Keita sur Radio Afrika

Mory Touré en interview avec Salif Keita sur Radio Afrika

Pour la 1ère édition de ce projet, on a fait 5 radios de 5 pays africains et quand on est revenu, ceux qui avaient suivi le parcours pendant cet été m’ont suggérer de faire connaitre aussi quelques festivals sur le continent. Ce que j’ai automatiquement fais parce qu’il se trouve qu’en Afrique on n’est si proche mais en même temps si loin, donc on ne se connait pas trop alors il serait bien de casser aussi des barrières.

-V.J : Quelle est la mission principale de Radio Afrika ?

Au début on était une radio qui émettait à travers des instruments qu’on donnait aux partenaires et depuis maintenant 3 mois Dieu merci, on a eu le streaming, ce qui sous-entend qu’on peut à présent faire du direct et on peut aussi enregistrer des reportages et des interviews qu’on passe sur le site et aussi chez les radios partenaires. Notre particularité est qu’on est une plateforme qui va dans l’Afrique d’où le slogan ‘’Au cœur de l’Afrique’’ et aujourd’hui, notre plus grande satisfaction est de faire vivre en temps réel tous ces événements africains que ce soit des colloques, des séminaires autour de la culture africaine aux africains car il y’a à présent des radios qui ont décidé de prendre notre signal à travers internet pour le passer sur leurs bandes fm.

Chacun se retrouve dans cette radio car c’est aussi une bouffée d’oxygène pour les gens de la diaspora africaine qui entendent en temps réel ce qui se passe dans leurs villes et villages, qu’ils entendent leurs musiques, tout cela pour les mettre en phase avec les réalités de leur continent pour ne pas qu’ils soient trop loin de leurs pays. Nous on essai de combler ce vide même si c’est un peu utopique pour moi de remplir tout ça mais c’est un peu notre petite pierre à la contribution de la visibilité de la richesse de ce continent qu’on dit être le berceau de l’humanité, mais aussi le berceau de la musique et de la culture.

-V.J : Quel est le mécanisme de fonctionnement de cette plateforme ?

En toute sincérité, au départ il faut dire que c’était juste utiliser mon réseau d’anciens managers et tourneurs. Les gens m’ont demandé comment je ferais pour continuer comme ça et j’ai dis que c’était simplement une façon pour moi d’envoyer du contenu à des émissions culturelles. Je suis en France par exemple et j’ai Locoua Kansa qui veut faire une interview qui doit passer sur une radio, quel animateur en Afrique n’aimerait pas avoir cette opportunité dans son émission ? C’est comme ça aussi pour Tiken Jah, Fally Ipoupa, Bambino et Rokia Traoré. Je me rappelle l’année dernière au FEMUA, on avait Espoir 2000 en studio qu’on a fait passer par le biais de téléphone sur une radio à Douala. L’animateur qui passait les chansons de ce groupe tous les jours sans pouvoir le rencontré était tellement enchanté. C’est une façon de donner l’opportunité aux artistes africains d’être interviewer et d’être écouter de vive voix sur des radios ou ils ne peuvent pas arrivés parce qu’aujourd’hui mon réseau c’est l’Afrique francophone, anglophone et lusophone.

Mory Tpuré en Interview avec N'Faly Kouyaté sur Radio Afrika

Mory Tpuré en Interview avec N’Faly Kouyaté sur Radio Afrika

Aujourd’hui, la radio est sur internet. Je profite de cette occasion pour remercier les bonnes volontés car pas mal de personnes m’ont aidé à avoir mon petit studio mobile, c’est-à-dire des micros, des casques, une console et aujourd’hui j’ai une autonomie. Je remercie tout ces gens qui croient en moi et à mon projet. Notre véritable dépendance est internet parce qu’on se dit qu’au delà de l’Afrique ou la perception est encore complexe, il le faut pour les africains d’Europe qui veulent chaque fois avoir les résonnances de l’Afrique culturelle. On se débrouille avec nos petits moyens. Il y’a 2 mois depuis la mise en ligne effective de la radio et on déjà plus de 60.000 personnes qui sont à l’écoute de la radio. Avec ça, tout est à notre honneur et je crois qu’on va garder ce cap pour augmenter le nombre de personnes dans l’espoir d’avoir plus de matériels et un accès illimité à internet en vue de faire pleinement vivre les africains ou qu’ils soient, les réalités ou le contenu de cette musique africaine.

-V.J : Pouvez-vous nous donner une idée sur votre agenda d’événements à partir du mois d’Avril ?

Les gens commencent vraiment à comprendre l’importance de Radio Afrika car au delà du direct, on implante une vraie radio sur le site qui devient la radio des événements avec tous les protagonistes qui viennent intervenir sur les thèmes et les sujets d’actualités. On était il y’a quelques semaines au Maroc pour le début de la caravane de la paix, on est revenu à Ségou pour le plus grand festival du Mali, puis à Kai et là on s’apprête à aller en Côte d’Ivoire pour le plus grand festival de reggae d’Afrique francophone appelé Abi-Reggae qui aura lieu au début du mois d’Avril et quelques semaines après il y’aura le Festival des Musiques Urbaines d’Anoumanbo (FEMUA) pour lequel on sera la radio officielle. Et si tout va bien, on sera en fin avril du coté de Paris pour le concert de Tiken Jah au Zénith car depuis une année on est en discussion pour que cette grande messe de Fakoly soit retransmis sur Radio Afrika afin que ceux qui sont en Afrique puissent écoutés la parole de ce grand monsieur du reggae et de la musique africaine. Juste après toujours en France j’irais au festival du bout du monde, puis en Guinée pour le festival Manifest.

Ce qui est bien, c’est que quand nous arrivons dans un festival, on ne se contente pas seulement de prendre des artistes programmés sur l’événement mais nous donnons l’opportunité à tous les artistes qui sont dans l’art avec grand A du pays de venir s’exprimer. Passer leurs interviews sur notre plateforme est notre façon de les valoriser.

-V.J : Après ce projet, qu’est ce qui vous tient encore à cœur pour compléter à Radio Afrika ?

Mon souhait aujourd’hui, c’est d’avoir une autonomie en matière d’internet et pouvoir être présent dans le plus grand maximum de festivals en Afrique pour qu’on puisse donner du contenu sur tout ce qui se passe dans le continent. On était à Ségou la dernière fois il y’avait un gros débat autour de la musique africaine dans sa grande diversité, il y’avait des protagonistes qui nous venaient du Sénégal, de la Guinée qui nous parlaient des réalités de leurs pays. Il faut souvent que les acteurs, les férus et les mélomanes écoutent les problématiques de leurs musiques et de leurs industries.

Mory Touré et Manu Dibango sur Radio Afrika

Mory Touré et Manu Dibango sur Radio Afrika

Donc, c’est un peu cela qui est extrêmement important pour nous, qu’on soit là et qu’on ne joue pas seulement de la musique mais qu’on parle aussi des problèmes, des solutions de la léthargie ou est tombée aujourd’hui la culture africaine. C’est inadmissible de savoir qu’on a le plus gros potentiel d’artistes mais que ce grand marché ne vit pas de son art. C’est pourquoi à notre niveau, on essai de faire tout pour être aujourd’hui une véritable plaque tournante en étant sur les grands événements pour communiquer de plus belle afin que ces échanges favorisent la connaisse des africains ou qu’ils soient sur leurs musiques.

Il est absurde pour moi que les animateurs africains parlent plus des artistes européens et américains qui ne connaissent même pas les artistes de leur continent. Voilà un peu le combat de Radio Afrika parce que dans notre playlist, c’est que de la musique africaine, de l’Afrique du sud en Algérie et de Djibouti en Mauritanie. Il y’a tellement de potentialité sur ce contient mais qui n’ont pas de tremplin d’expression et souvent ne cassent pas les barrières puisse que chacun est resté cloitrer dans son secteur sans s’ouvrir aux autres pays africains. Je dis souvent que beaucoup portent le nom d’Afrika mais beaucoup ne résonnent pas Afrika. C’est en cela que nous on a décidé d’être vraiment Afrika.

– V.J : Votre mot de la fin.

Je remercie Vision Jeunes qui est aussi sur la même lancé que nous. On a décidé comme ça de valoriser nos cultures urbaines car personne ne viendra valoriser nos cultures et nos musiques à notre place. A nous de nous mettre à la page en servant de gendarme aux jeunes pour leur dire voilà ce qui est potable, vendable et voilà ce qui peut être acceptable. Approprions nous de notre culture, approprions nous de notre musique et de notre société par ce qu’elles ne font que prendre de l’ampleur.

Mory Touré et Angelique Kidjo pour Radio Afrika

Mory Touré et Angelique Kidjo pour Radio Afrika

Les jeunes sont devenus aujourd’hui plus conscient car internet a cassé des barrières. Avec Facebook, on est au même titre d’information que le chinois. Alors c’est une preuve qu’on peut faire plein de choses avec peu de moyens comme c’est le cas avec Vision Jeunes qui fait l’apologie de quelques artistes en Europe simplement à travers internet. C’est aussi ce qu’on a décidé de faire, de prendre ce support de communication, ces nouveaux outils pour relayer de plus belle cette Afrique qui est entrain de bouger, parce que tout le monde l’a dit dans 20 ans ce serait le continent de l’avenir. Et nous, on veut être là aussi quand l’avenir va nous trouver.

On est donc actuellement dans notre rôle de visualisation et surtout un outil qui donne le pouvoir à cette musique qui pour moi est la plus riche du monde mais qui malheureusement appartient à des africains qui parfois ne savent pas la mettre en valeur laissant ce soin aux autres de le faire à notre place. Il est temps que nous même mettons notre culture et notre musique en valeur.

Pour plus de musiques d’Afrique et plus d’événements culturels africains, rendez-vous sur www.radio-afrika.com

Entretien réalisé à Bamako par Amadou 2 Barry

[email protected]

Visionjeunes.com

Commenter

Commenter

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

*

google.com, pub-5377091460441784, DIRECT, f08c47fec0942fa0